À l’occasion de l’anniversaire de sa fondation : Al-Azhar est la mémoire vivante de la Oumma et son projet sans cesse renouvelé

Par : Moubarak Hussein Youssof

  • | Wednesday, 25 February, 2026
À l’occasion de l’anniversaire de sa fondation : Al-Azhar est la mémoire vivante de la Oumma et son projet sans cesse renouvelé

     À l’occasion de l’anniversaire de la fondation de Mosquée Al-Azhar, l’histoire témoigne d’un parcours ininterrompu de plus de mille ans, durant lequel cet édifice scientifique et spirituel est demeuré un phare du savoir, un bastion de la modération et un gardien fidèle du patrimoine islamique dans la conscience de la communauté. Al-Azhar n’a jamais été une simple mosquée où l’on accomplit les rites ; il s’agit d’une institution civilisationnelle intégrée, qui a façonné l’identité religieuse et culturelle de l’Égypte et du monde musulman, assumant la responsabilité de préserver le patrimoine tout en renouvelant le discours religieux, sans renoncer aux constantes ni s’isoler des mutations de son époque.

Al-Azhar… la mémoire vivante de la nation

Depuis sa fondation au IVe siècle de l’Hégire, Al-Azhar s’est rapidement imposé comme une université ouverte, bien avant que l’humanité ne connaisse le concept moderne d’« université ». Dans ses galeries d’étude se sont constituées les écoles juridiques, et les savants y ont transmis les sciences du Coran, du hadith, de la langue, de la philosophie et de la logique. Au fil des siècles, s’y est accumulé un patrimoine considérable de manuscrits, de documents et de productions scientifiques. Cette mémoire vivante n’a jamais été une simple archive silencieuse, mais un système intellectuel cohérent constituant une référence majeure de l’équilibre doctrinal face à l’extrémisme.

Dans ce contexte, Al-Azhar s’est affirmé comme une institution inclusive, n’excluant aucune école juridique reconnue et ne fermant pas la porte à l’ijtihad. Il a su accueillir la diversité des courants juridiques et théologiques, en les inscrivant dans une harmonie scientifique qui a préservé l’unité de la communauté malgré la pluralité des approches.

La préservation du patrimoine : entre conservation et édition critique

Al-Azhar considère que le patrimoine n’est pas un passé figé, mais une expérience humaine cumulative qui doit être abordée avec un double regard : celui de la conservation et celui de la compréhension. Ses institutions ont ainsi entrepris l’édition critique, le catalogage et la restauration de milliers de manuscrits, garantissant leur publication dans des versions authentifiées et rigoureusement vérifiées.

Les bibliothèques d’Al-Azhar, notamment sa prestigieuse bibliothèque centrale, abritent des trésors inestimables : manuscrits coraniques, ouvrages de jurisprudence, d’exégèse, de linguistique, de médecine et d’astronomie, témoins de l’épanouissement des sciences dans la civilisation islamique. Ces efforts ne se sont pas limités à la conservation matérielle ; ils se sont étendus à la numérisation et à l’archivage électronique, assurant l’accès du patrimoine aux nouvelles générations à travers les outils contemporains.

Le patrimoine face à l’extrémisme

La préservation du patrimoine n’est pas une fin en soi, mais un moyen de corriger les interprétations erronées issues de lectures fragmentaires des textes. Ces dernières décennies ont vu émerger des tentatives d’appropriation du discours religieux par des groupes extrémistes, qui ont isolé certains passages de leur contexte historique et juridique afin de justifier la violence ou l’exclusion.

Face à cela, Al-Azhar a entrepris une relecture méthodique du patrimoine, distinguant entre l’immuable et le contingent, entre les finalités supérieures (maqāṣid) et les dispositions particulières. Par l’intermédiaire de ses instances scientifiques et de ses observatoires spécialisés dans l’analyse des discours radicaux, il a présenté des réponses argumentées et documentées, déconstruisant les thèses extrémistes à la lumière des principes authentiques de l’islam.

Le renouvellement du discours religieux : une responsabilité permanente

Parallèlement à la sauvegarde du patrimoine, Al-Azhar poursuit ses efforts pour renouveler le discours religieux, convaincu que l’immobilisme conduit à l’isolement, tandis que la dérive mène à la perte des repères. Le renouvellement, dans la perspective azharienne, ne consiste pas à abolir les constantes, mais à raviver l’esprit d’ijtihad et à activer les finalités de la loi islamique à la lumière des réalités contemporaines.

Son Éminence le Grand Imam Ahmed al-Tayeb a souligné à maintes reprises que le renouvellement recherché s’appuie sur une compréhension rigoureuse des textes et sur une conscience aiguë des défis sociaux et intellectuels actuels, qu’il s’agisse des questions familiales, des droits humains, de la citoyenneté ou du vivre-ensemble.

Cette vision s’est concrétisée à travers des initiatives et des documents internationaux promouvant le dialogue interreligieux et interculturel, consolidant les valeurs de paix et affirmant qu’Al-Azhar constitue non seulement une institution nationale, mais également une référence mondiale contribuant à l’élaboration d’un discours humaniste inclusif.

L’éducation azharienne : former les consciences

L’enseignement demeure l’un des instruments majeurs d’Al-Azhar pour préserver le patrimoine et renouveler le discours. Le réseau d’instituts azhariens, répartis dans l’ensemble du pays, ainsi que l’université d’Al-Azhar avec ses nombreuses facultés, forment chaque année des milliers de prédicateurs et de spécialistes en sciences religieuses, humaines et naturelles.

Cette articulation entre sciences religieuses et sciences modernes reflète une vision équilibrée, consciente que le monde contemporain ne saurait tolérer une séparation entre foi et vie sociale. L’étudiant d’Al-Azhar reçoit un enseignement en jurisprudence et en exégèse tout en étudiant la médecine, l’ingénierie ou les sciences sociales, acquérant ainsi une compréhension globale de l’islam en tant que système de valeurs contribuant au progrès de la société.

Al-Azhar dans l’espace numérique

À l’ère des médias numériques, Al-Azhar a investi le champ virtuel en lançant des plateformes multilingues destinées à s’adresser aux jeunes générations dans leur propre langage, répondant à leurs interrogations et corrigeant les idées erronées diffusées en ligne.

Les campagnes de sensibilisation sur les réseaux sociaux ont également renforcé la diffusion des principes de modération et d’équilibre, assurant une présence active dans l’espace public et consolidant la confiance du public dans la crédibilité scientifique de l’institution.

Entre authenticité et modernité

Ce qui distingue le parcours d’Al-Azhar, en cet anniversaire, est sa capacité singulière à conjuguer authenticité et modernité. Il préserve les ouvrages classiques et les enseigne, tout en les relisant à la lumière des réalités nouvelles, activant les mécanismes d’ijtihad collectif à travers ses conseils savants, afin de garantir la vitalité et l’adaptabilité du droit islamique.

En même temps, Al-Azhar rejette toute instrumentalisation politique du religieux, affirmant l’indépendance de sa référence scientifique et son attachement à demeurer une voix de modération, à l’écart des polarisations.

Une mission à travers les siècles

À l’occasion de l’anniversaire de la fondation de la mosquée Al-Azhar, l’engagement se renouvelle : demeurer gardien du patrimoine, rénovateur du discours et pont entre le passé et l’avenir. Al-Azhar n’a jamais été une institution fermée ni détachée des préoccupations de la société ; il a toujours été présent dans les grandes questions contemporaines, du règlement des conflits sociaux aux enjeux éducatifs et culturels.

Les défis actuels - extrémisme intellectuel, conflits culturels et mutations sociales accélérées - rendent le rôle d’Al-Azhar plus indispensable que jamais. Préserver le patrimoine sans renouvellement conduit à la stagnation ; renouveler sans racines mène à la dissolution. La synthèse des deux constitue l’équation qu’Al-Azhar a su maîtriser au fil des siècles.

Ainsi, la Mosquée Al-Azhar demeure, en cet anniversaire, un symbole de continuité et d’équilibre, un phare éclairant la voie de ceux qui recherchent une compréhension éclairée de la religion, affirmant que le patrimoine, lorsqu’il est bien compris, est une source de force, et que le renouvellement, lorsqu’il s’appuie sur des fondements solides, ouvre la voie à une renaissance harmonieuse, fidèle à l’identité et attentive aux exigences du temps.

 

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