L’homme est un être disposé à la vie en société. Il n’est pas créé pour vivre seul, dissocié ou séparément, enfermé. Chacun à sa singularité et tout en gardant son individualité, il a besoin de nouer des liens avec d’autres humains, de les fréquenter et d’interagir avec eux sans qu’il se sente menacé ou que cela porte atteinte à son identité ou à sa dignité. Allah – Exalté Soit-Il – a dit : « Ô hommes ! Nous vous avons Créés d’un mâle et d’une femelle ; Nous avons Fait de vous des peuples et des tribus pour que vous vous entre-connaissiez. Le plus noble d’entre vous auprès d’Allah est le plus pieux. Allah Sait tout, et Il Est parfaitement Connaisseur des vérités. » (Qur’ān 49 : 13).
Une fois qu’il se trouve isolé, exclu ou marginalisé, cet individu social risque de voir son équilibre mental et psychique perturbé, ce qui le rendrait vulnérable aux idées et aux émotions les plus assombries, et par la suite une proie facile pour les groupes extrémistes acharnés, ce qui menace la stabilité et la sécurité de la société. C’est pourquoi il faudrait prudemment prévenir tous les maux pouvant fragiliser la cohésion de la structure sociale ou entrainer l’écroulement de l’édifice de l’humanité.
En tête de liste des maux qui menacent la paix sociale vient le discours de haine qui correspond généralement à tout propos outrageux, discriminatoire, hostile et provocateur qui pourrait tantôt inciter à la haine ou à la violence, tantôt favoriser des préjugés ou un parti pris contre un individu ou un groupe d’individus en raison de leur identité, leur race, leur ethnie, leur religion, leur sexe, etc. Dans la Stratégie et le Plan d’action des Nations Unies pour la lutte contre les discours de haine, le discours de haine est défini comme : « tout type de communication, orale ou écrite, ou de comportement, constituant une atteinte ou utilisant un langage péjoratif ou discriminatoire à l’égard d’une personne ou d’un groupe en raison de leur identité, en d’autres termes, de l’appartenance religieuse, de l’origine ethnique, de la nationalité, de la race, de la couleur de peau, de l’ascendance, du genre ou d’autres facteurs constitutifs de l’identité »[1].
Selon le Conseil de l’Europe, « le discours de haine porte atteinte à la dignité et aux droits humains » parce qu’il « conduit à des divisions dangereuses dans la société dans son ensemble, affecte la participation et l’inclusion de tous ceux qui en sont la cible et menace la démocratie »[2]. Du point de vue psychologique, il y a un consensus sur l’impact négatif du discours de haine sur l’individu, surtout chez les enfants et les jeunes qui sont particulièrement vulnérables aux propos injurieux ou humiliants de sorte que « cela a des répercussions sur leur estime d’eux-mêmes et peut conduire à une dégradation de leur santé mentale, par exemple à de l’anxiété ou à une dépression, voire à des pensées d’automutilation et à des idées suicidaires »[3].
Sur la base de ces données, nous soulignons l’importance d’une prise de conscience collective des effets néfastes du discours haineux sur l’ensemble de la société. Et ce dans le but de sensibiliser tout un chacun à assumer sa propre responsabilité dans la longue démarche de prévention de ce fléau dévastateur qui gagne toujours plus d’ampleur, surtout avec le développement récent de la communication en ligne via les réseaux sociaux. Il y a tout d’abord une nécessité d’adopter une stratégie globale bien conçue pour protéger les enfants, les adolescents et les jeunes contre le discours de haine et ses conséquences nuisibles sur la société du présent et de l’avenir. Cette stratégie devrait être appliquée à partir des établissements scolaires où ils passent une part considérable de leur vie à recevoir leur formation éducative élémentaire.
Ces foyers d’éducation devraient, en premier lieu, garantir un environnement sûr, inclusif et respectueux de la diversité culturelle, ethnique et religieuse au sein de la communauté étudiante. Ils doivent être en mesure de répondre aux besoins de chacun des élèves, garçons ou filles, y compris des cas exceptionnels, tout en tenant compte de leurs besoins psychologiques et mentaux. Tout jeune membre de la société, est différent des autres, il doit se sentir accepté, écouté et en sécurité dans un environnement régi par les principes de justice, d’égalité, sans haine, ni racisme, ni discrimination.
Pour y parvenir, les établissements d’enseignement ont besoin d’une série de mesures indispensables à la protection des étudiants contre les potentiels discours de haine qu’ils peuvent rencontrer sur les réseaux sociaux, dans les médias ou au quotidien. Les programmes scolaires, qui jouent un rôle primordial dans la formation des jeunes, sont particulièrement censés favoriser l’acceptation de l’autre et de la diversité culturelle, ethnique et religieuse. Ils devraient également promouvoir la tolérance et le respect mutuel entre élèves, dès leur plus jeune âge. Il est important que les valeurs d’humanité, d’acceptation des différences et de dialogue soient une partie intégrante dans les manuels scolaires enseignés, au moins dans l’enseignement primaire.
D’ailleurs, il est urgent d’initier les générations futures à la pensée critique, qui est la capacité d’analyser et évaluer la crédibilité des informations de manière logique et objective, plutôt que de les recevoir de manière acritique ou émotive. Pour ce faire, les enseignants et les formateurs ont la responsabilité d’encourager les étudiants à poser des questions, à réfléchir avant de parler et à exprimer leurs propres idées et opinions et écouter les autres dans un cadre de respect et d’entente mutuels. Développer les compétences de la pensée critique et du raisonnement argumentatif aidera les jeunes à résoudre les problèmes et à prendre des décisions éclairées fondées sur la réflexion, l’analyse et l’argumentation.
D’autre part, il serait bien avantageux d’encourager l’organisation régulière d’événements qui soutiennent l’intégration et la coexistence pacifique entre étudiants de toutes origines, tels que les concours scientifiques et culturels, les séminaires, les camps, les voyages. De tels événements seraient utiles à amener les étudiants à interagir, à coopérer entre eux et à se connaître en personne indépendamment de l’emprise des stéréotypes, des clichés et des idées reçues. La supervision d’experts pédagogiques et de spécialistes en santé psychologique et mentale aiderait les jeunes à tirer le maximum de profit pour leur équilibre psycho-mental et leur bien-être actuel et futur. Des personnalités connues pour leur tolérance et modération pourraient être y invitées pour inspirer les jeunes.
En outre, les activités récréatives et sportives, et la célébration des fêtes nationales et des occasions culturelles pourraient être un bon moyen pour favoriser l’échange, la découverte et la transmission de la culture au sein de la communauté étudiante. Elles sont essentielles pour promouvoir la diversité culturelle et encourager la participation citoyenne. Inviter les parents à accompagner leurs enfants dans de tels événements pourrait aussi être un pas en avant vers le renforcement de l’interconnaissance mutuelle entre les familles de différentes origines raciales et ethniques, ou même de différentes appartenances convictionnelles et idéologiques.
De plus, il est essentiel de tenir fréquemment des rencontres et des dialogues entre les responsables d’établissements, les parents et les jeunes étudiants, où ces derniers peuvent s’exprimer, dévoiler leurs préoccupations et chercher soutien auprès des adultes plus expérimentés. Un dialogue constructif est une pratique éducative fondamentale pour la formation d’une génération moralement, psychologiquement et idéologiquement saine, capable de coexister avec elle-même avant de coexister avec les autres. Une génération future qui croit au dialogue comme moyen civilisé et humain d’interconnaissance, serait plus probablement en mesure de résister efficacement contre les méfaits de discours de haine, jusqu’à ce qu’elle arrive finalement à le vaincre.
Enfin, il est impératif de fournir un soutien individualisé et une orientation psychologique aux étudiants confrontés aux effets néfastes des discours de haine. Un accompagnement psychosocial est aussi nécessaire afin que ces jeunes puissent résister aux pressions extérieures et surmonter leurs défis avec sérénité. Un référent dédié à l’écoute de leurs problèmes personnels, avec la possibilité de les orienter vers des professionnels si nécessaire, est indispensable.
D’ailleurs, le rôle de la famille à soutenir les efforts de l’école est indispensable. Il est important que les parents soient proches de leurs enfants, qu’ils abordent avec eux les sujets sensibles comme le racisme, la xénophobie et les discours de haine en leurs montrant le bon exemple par les paroles, les comportements et les actions. Discuter ouvertement de ces maladies sociales avec ses enfants les mettra plus à l’aise d’en parler avec leurs parents s’ils y sont un jour confrontés.
Pour conclure, les établissements d’enseignement peuvent, en prenant les précautions nécessaires, devenir de véritables creusets où se forge une société plus cohérente, tolérante et respectueuse de la diversité. Et ce à partir des initiatives qui se proposent de veiller sur le bien-être de la jeunesse, la composante principale de la société. Tout règlement qui favoriserait la diffamation, la stigmatisation, la marginalisation ou l’exclusion de certains individus sur la base des éléments constitutifs de leurs identités est à éviter, voire à bannir.